Au-delà du diplôme : l’apprentissage tout au long de la vie, clé de l’intégration des étudiants internationaux francophones
Selon Statistique Canada, près de 30 % de la population du Nouveau-Brunswick avait le français comme seule première langue officielle parlée en 2021. Ce qui fait de la francophonie néo-brunswickoise la province qui a la plus haute proportion de francophones en situation minoritaire au pays.
Dans un contexte où la vitalité de cette communauté repose sur sa capacité à transmettre sa langue, à créer des liens et à continuer d'évoluer, les étudiants internationaux francophones représentent un apport précieux. La bonne nouvelle, c'est que le Nouveau-Brunswick attire déjà ces talents. À l'Université de Moncton, les inscriptions internationales sont passées de 760 étudiants en 2020-2021 à 1 979 en 2024-2025, soit une augmentation de 255,7 %.
Cependant, attirer ces talents n’est que la première étape. Le véritable défi consiste à créer les conditions qui leur permettront de s’enraciner durablement dans nos communautés. Car si l’on parle souvent de ce que les étudiants internationaux viennent chercher ici, on parle moins de tout ce qu’ils apportent déjà : leurs expériences, leurs compétences, leur engagement et leur contribution à la vitalité de nos communautés.

Obtenir un diplôme est une étape
Je suis moi-même arrivée au Nouveau-Brunswick avec un permis d’études afin de poursuivre ma formation à l’Université de Moncton, où j’ai obtenu mon diplôme cette année. Comme bien d’autres étudiants internationaux francophones, j’ai découvert une nouvelle société, appris à m’y adapter et trouvé peu à peu ma place. J’ai également eu la chance d’être accueillie par une communauté malgache bien établie à Moncton, dont le soutien a été précieux dans mon parcours.
Cette expérience m’a appris combien les rencontres et l’accompagnement peuvent faciliter l’intégration. Elle m’a aussi fait prendre conscience des obstacles qui persistent, même lorsque l’on fait preuve de volonté et de persévérance, car, on met souvent de l’avant la réussite des étudiants internationaux, mais beaucoup moins les efforts qu’il leur faut déployer pour y parvenir.
Et pourtant, l’intégration ne se décrète pas. Elle s’apprend. Chaque nouvelle rencontre, chaque démarche administrative, chaque implication bénévole ou professionnelle devient une occasion de développer de nouvelles compétences.
C’est pourquoi l’apprentissage tout au long de la vie joue un rôle essentiel dans la réussite de l’immigration francophone. Obtenir un diplôme est une étape; s’établir durablement, participer à la vie citoyenne, créer un réseau et comprendre son nouvel environnement financier, numérique ou professionnel sont autant d’apprentissages qui se poursuivent bien après les études.
Un des premiers défis est celui du capital social
Le sociologue Pierre Bourdieu décrit le capital social comme l’ensemble des ressources auxquelles une personne peut accéder grâce aux relations et aux réseaux qu’elle développe. Ces liens jouent un rôle essentiel, puisqu’ils facilitent l’accès à l’information, au soutien et aux possibilités (Coleman, 1988). Pour un étudiant international, ce capital social doit souvent être construit à partir de zéro.
Contrairement à une personne qui a grandi dans la région et qui bénéficie de liens tissés au fil des années, l’étudiant international doit progressivement créer ses repères et trouver sa place dans un milieu et une culture qui lui sont encore peu familiers.
Les activités communautaires, le bénévolat, les associations étudiantes et les occasions de rencontrer des personnes de différents horizons peuvent devenir autant de lieux d’apprentissage et de création de liens.
Développer des compétences linguistiques
S’ajoute à cela un défi propre au Nouveau-Brunswick : choisir d’étudier en français ne signifie pas nécessairement pouvoir travailler uniquement en français après l’obtention du diplôme. L’accès à de nombreuses possibilités d’emploi exige aussi une bonne maîtrise de l’anglais. Le diplôme devient alors une partie de l’équation : pour intégrer pleinement le marché du travail, il faut également développer des compétences linguistiques. Pour avoir moi-même évolué dans des environnements professionnels bilingues à prédominance anglophone, je mesure l’effort que cela demande au quotidien.
Pour moi, l’anglais est une troisième langue.
Comme plusieurs étudiants internationaux francophones, j’ai dû apprendre à fonctionner dans une langue qui ne m’était pas naturelle au départ. Même lorsqu’on parvient à la maîtriser, parler, réfléchir et travailler dans une autre langue demande une attention constante et une énergie mentale que l’on ne remarque pas toujours.
Les démarches administratives représentent elles aussi des occasions d’apprentissage, mais elles peuvent parfois ajouter des obstacles.
À titre d’exemple, dans le cadre d’une demande de permis de travail post diplôme, certains étudiants doivent fournir une preuve officielle de leurs compétences linguistiques en français au moyen d’un test reconnu par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), comme le TEF Canada ou le TCF Canada, selon les exigences applicables à leur situation. Le coût de ces évaluations peut représenter une dépense supplémentaire. Pour une personne qui a terminé avec succès un programme universitaire entièrement en français, cette exigence amène à réfléchir à la manière dont les compétences déjà démontrées au fil des années pourraient être reconnues. Une information claire et un accompagnement adapté peuvent aider les étudiants à mieux comprendre les démarches et à s’y préparer.
Il est important de reconnaître les efforts déjà déployés pour soutenir l’immigration francophone au Canada
Les Communautés francophones accueillantes, les voies prioritaires francophones et les stratégies visant à augmenter l’accueil de nouveaux arrivants francophones à l’extérieur du Québec témoignent de la volonté de renforcer ces communautés. L’enjeu n’est pas de remettre en question ces initiatives, mais de poursuivre les efforts afin que les personnes qui ont choisi de s’investir dans nos communautés puissent pleinement y trouver leur place. Les étudiants internationaux francophones ne sont pas seulement de futurs candidats à l’immigration : ils sont déjà des étudiants, des travailleurs, des bénévoles et des membres de la vie collective.
L’apprentissage tout au long de la vie est aussi un levier de rétention des nouveaux arrivants
Les personnes sont davantage en mesure de se projeter dans une communauté lorsqu’elles peuvent continuer d’y apprendre, d’y développer leurs compétences, d’y créer des liens et d’y voir des possibilités d’épanouissement.
Derrière chaque parcours d’immigration se cache une multitude d’apprentissages : comprendre un nouveau système, découvrir une culture, développer son réseau, trouver sa place dans sa communauté et contribuer comme bénévole, collègue ou citoyen.
L’intégration n’est pas un événement ponctuel; c’est un processus d’apprentissage qui se construit dans le temps. Les politiques favorisant l’immigration francophone doivent donc s’accompagner d’occasions concrètes d’apprendre, de partager ses connaissances et de participer pleinement à la vie communautaire. Une communauté francophone qui reconnaît et valorise les apprentissages est aussi une communauté qui accueille mieux.
Préparé par Soa Manantoanina, agente de projet au CODAC NB
Bibliographie :
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Coleman, J. S. (1988). Social capital in the creation of human capital. American Journal of Sociology, 94, S95–S120. https://doi.org/10.1086/228943
Bourdieu, P. (1986). The forms of capital. In J. Richardson (Ed.), Handbook of theory and research for the sociology of education (pp. 241-258). Greenwood.
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Alliance Française. (s. d.). TEF Canada. Alliance Française
